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Publié le 3 août 2026

Vers des données publiques fiables et réutilisables : l’infrastructure mise en place à l’OFEN

Publier des données ouvertes dépasse le simple exercice de transparence administrative ou d’un simple enrichissement de l’écosystème existant. Pourtant, dans le contexte actuel de transformation numérique de l’administration fédérale, ces publications doivent être aussi comprises comme les briques visibles d’une infrastructure informationnelle en construction.

À l’Office fédéral de l’énergie (OFEN), la mise à disposition progressive de l’information de nos données, nos métadonnées, sur la plateforme I14Y et sur opendata.swiss ne constitue pas une action isolée. Elle s’inscrit dans une stratégie plus large visant à structurer durablement la gouvernance des données, à renforcer leur qualité et à consolider leur interopérabilité. Autrement dit, il ne s’agit pas uniquement de publier des données, mais de poser les fondations d’une ère numérique cohérente, fiable et orientée vers la valeur publique.

La face visible d’une structure de gouvernance

Derrière chaque jeu de données publié se trouvent des spécialistes, des processus, des standards, des responsabilités et des choix méthodologiques. Cette dimension est moins visible, mais elle est déterminante.

Au sein de l’OFEN, plus d’une centaine de jeux de données suivent actuellement ce même parcours structuré menant parfois à une publication de données ouvertes. Ils progressent à travers des processus internes consolidés de gestion et de gouvernance des données.

Cela implique :

- une clarification des rôles et des responsabilités,
- l’intégration de standards communs,
- des mécanismes de contrôle qualité, voire de plausibilité,
- une documentation structurée,
- et une vision de gestion sur l’ensemble du cycle de vie des données.

Ces processus et standards établis ont permis par exemple la publication des données sources des cantons pour les mesures directes et indirectes du Programme Bâtiment sur I14Y et sur opendata.swiss.

Ce travail représente une évolution culturelle importante. Il demande de nouvelles compétences, une coordination renforcée et une collaboration étroite entre experts en énergie, équipes digitales, spécialistes IT, communication. Il valorise les données de qualité produites par nos experts en les structurant pour les rendre durablement valorisables dans un environnement numérique.

La gouvernance des données concerne l’ensemble de nos données, ouvertes ou non. Elle n’est pas une couche administrative supplémentaire. Elle constitue la fondation organisationnelle qui permet de réunir et formaliser des connaissances parfois dispersées. Elle en fait un actif stratégique cohérent. La gouvernance permet de pérenniser ce patrimoine, ce savoir-faire interne et de le valoriser à l’ère du numérique.

Garantir le sens des données à l’ère des algorithmes

La valeur d’un jeu de données ne réside pas uniquement dans son contenu, mais dans la manière dont il est structuré, décrit et contextualisé.

Les métadonnées jouent ici un rôle central. Elles facilitent la compréhension, la réutilisation et l’intégration des données. Elles permettent de préciser les conditions d’utilisation, d’expliciter les définitions, dans les différentes langues nationales.

Dans cette perspective, la mise à disposition de contraintes SHACL et de métadonnées RDF constitue un choix stratégique. Leur publication progressive en format Linked Open Data, en coordination avec nos partenaires fédéraux — l’Office fédéral de la statistique, la Chancellerie fédérale et les autres offices — renforce une information, des décisions et des débats communs basés sur des données fiables.

Alors que les algorithmes deviennent les principaux intermédiaires de l’information, la qualité structurelle et la documentation des données deviennent des enjeux stratégiques majeurs.

Produire des données ne suffit plus. Il faut produire des données compréhensibles, documentées, interopérables et fiables qui peuvent être réutilisées de manière univoque par les citoyens et par les algorithmes. C’est pourquoi nous enrichissons de manière continue nos données avec des structures (comme par exemple Le Programme Bâtiments - Données sources des cantons pour les mesures indirectes ) et des descriptions et en les liant avec des concepts standardisés (par exemple les mesures du programme de Bâtiments et du programme d'Impulsion) afin d’en améliorer la compréhension et d’en faciliter l’utilisation.

L’interopérabilité : levier de cohérence

On réduit souvent l’interopérabilité à une question de connexion technique entre systèmes. En réalité, elle va bien au-delà.

L’interopérabilité est la capacité à partager une compréhension commune. Elle permet à différentes unités administratives, à des partenaires institutionnels ou à des plateformes fédérales de travailler sur une base cohérente et harmonisée.

Dans un système fédéral caractérisé par la diversité linguistique et organisationnelle, cette cohérence ne se décrète pas. Elle se construit. Elle exige un dialogue permanent entre les acteurs.

La collaboration avec la plateforme I14Y, opendata.swiss, la Chancellerie fédérale et les groupes d’experts fédéraux illustre cette dynamique. Elle permet d’aligner les pratiques, d’harmoniser les structures et de renforcer la cohérence nationale de l’administration.

L’interopérabilité devient ainsi un levier pour réduire les silos, améliorer la qualité des données et faciliter leur réutilisation. Elle soutient une meilleure coordination interinstitutionnelle et contribue à renforcer la capacité d’action publique.

Relier les données, c’est aussi relier les personnes, les organisations.

Gouverner les données : un instrument stratégique

La transformation numérique de l’administration ne repose pas uniquement sur des outils technologiques. Elle repose sur la capacité des institutions à structurer,partager et identifier leur patrimoine informationnel.

À mesure que les administrations s’appuient davantage sur les données pour orienter leurs décisions, développer des services numériques ou préparer des systèmes d’intelligence artificielle, la robustesse de l’infrastructure informationnelle devient un enjeu stratégique.

La gouvernance des données permet :

- d’assurer la cohérence des pratiques,
- de clarifier les responsabilités,
- de sécuriser les processus,
- d’améliorer en continu les standards et les outils,
- et de garantir la pérennité des données dans le temps.

Elle transforme un ensemble de projets dispersés en une capacité institutionnelle structurée.

Dans ce sens, la gouvernance n’est pas une contrainte. Elle est un levier. Elle permet de concilier exigences techniques, responsabilités institutionnelles et attentes sociétales en matière de transparence et de fiabilité.

Préparer l’administration à l’ère algorithmique

L’évolution rapide des technologies numériques, notamment dans le domaine de l’intelligence artificielle, renforce l’importance de cette structuration.

Les algorithmes et les systèmes automatisés deviennent des intermédiaires dans l’accès à l’information publique. Ils analysent, agrègent et diffusent des données à grande échelle. Cette évolution impose une exigence accrue de qualité, de documentation et de clarté.

Une donnée mal définie, mal structurée ou insuffisamment documentée peut générer des interprétations erronées et fragiliser la confiance. À l’inverse, une donnée gouvernée, contextualisée et interopérable, constitue un socle solide pour l’innovation et la décision publique.

Préparer les données à la digitalisation, c’est donc préparer l’administration à fonctionner dans un environnement où l’information circule différemment, où les usages évoluent et où la responsabilité institutionnelle s’étend également au domaine numérique.

Un changement culturel progressif

Chaque nouvelle publication de jeu de données marque une étape dans cette transformation. Mais l’enjeu dépasse largement l’acte de publication.

Il s’agit d’un changement culturel progressif : intégrer la gouvernance des données dans les pratiques, renforcer les compétences, favoriser l’interdisciplinarité et inscrire la gestion des données dans une logique stratégique de long terme.

Ce travail est exigeant. Il mobilise des expertises variées. Il nécessite une coordination constante et un engagement collectif. Il n’est pas toujours spectaculaire, mais il est structurant.

Les premiers résultats visibles sur I14Y et opendata.swiss ne sont que les prémices d’un chantier plus vaste : celui de la construction d’une infrastructure de données durable, interopérable et orientée vers la valeur publique.

Chaque publication est un pas, un trait d’union. Mis bout à bout, ils dessinent une architecture Une architecture au service d’une administration cohérente, transparente et toujours mieux préparée aux défis à venir, numériques ou non.

Pour explorer les données de l’OFEN et approfondir le sujet :

- Consulter les jeux de données ouvertes de l’OFEN
- Lignes directrices pour la publication de données en libre accès (lignes directrices OGD)
- DCAT-AP CH, la norme suisse en matière de métadonnées

Jean-Martin Dénis est Lead Data Steward à l’Office fédéral de l’énergie (OFEN) et suppléant du Lead Data Steward du DETEC pour le Data Board Bund. Il travaille à l’intersection de la gouvernance des données, de la transformation numérique et des politiques publiques, dans le contexte du système administratif fédéral suisse et du secteur de l’énergie. Il préside le Data Governance Board de l’OFEN et contribue activement aux initiatives interdépartementales de gouvernance des données en soutien à la numérisation nationale et aux données publiques ouvertes. Fort de plus de dix ans d’expérience académique, notamment dans l’enseignement de la statistique appliquée aux niveaux Bachelor et Master, et titulaire d’une formation avancée en science des données du MITx MicroMasters, il apporte une solide expertise analytique à la gouvernance du secteur public. Il est également Fellow de la cohorte inaugurale du DSA Cambridge Fellowship Programme de la Digital Statecraft Academy, qui réunit des praticiens et experts internationaux sélectionnés, engagés dans la gouvernance responsable des technologies et l’avenir des institutions publiques à l’ère numérique.

Si les OGD étaient un plat traditionnel, ce serait quoi ?

Par déformation professionnelle, je vais m’éloigner des données pour me rapprocher des métadonnées, et donc parler du vin qui accompagne le plat plutôt que du plat lui-même. Le vin est un parfait exemple de la valorisation rendue possible par les métadonnées. Les données relatives aux dates du début des vendanges dans la région de Beaune ont été si bien documentées depuis 1354 qu’elles ont été réutilisées, en 2019, pour étudier le climat. C’est un bel exemple de données FAIR, qui met en perspective ce qui nous paraît aujourd’hui si nouveau, mais qui inscrit aussi la culture de données dans la continuité de notre histoire et de notre culture.

Si les OGD étaient un super-héros, quel serait leur super-pouvoir ?

Mais les données ouvertes, lorsqu’elles sont gouvernées, ont un super-pouvoir : transformer la transparence en confiance.
Elles ne sont pas uniquement des publications de données. Leur vrai super-pouvoir est de rendre l’action publique plus lisible, plus vérifiable et plus fiable, et donc de renforcer la confiance entre l’État, les citoyens, la recherche et l’économie.

Quel serait le titre de votre autobiographie sur vos aventures dans le monde de l’OGD ?

"An accidental Lead Data Steward” en clin d’œil à la biographie d’un grand statisticien.

Office fédéral de la statistique

Secrétariat OGD
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